13 février 2007

Vu l'état des routes...


La RDC de 2007 est (sous un certain angle) un rêve pour tout entrepreneur de travaux publics un peu aventureux. Il suffit de se représenter qu'un pays de cette taille (on va dire, à la louche, l'équivalent de l'Europe de l'Ouest) ne dispose en tout et pour tout que de 2.000 km de route goudronnée...

Ce qui, vous en conviendrez, n'est pas beaucoup (d'Est en Ouest, le pays fait déjà 2.000 km...)

Bien entendu, de nombreuses routes sont en latérite, ou bien sont des routes en terre qui sont relativement praticables. Cependant, aucune d'entre elles ne serait en mesure de supporter un trafic commercial soutenu (camions chargés fréquents).

A cela, il faut ajouter que bien entendu, de très nombreux axes de circulation sont complètement détruits, à cause des intempéries (grosses chaleurs, gros orages) mais principalement faute d'entretien. Généralement, les routes sont construites, puis laissées à l'abandon : résultat, dix ans plus tard, tout est à refaire.

Dans le centre-ville même de Kinshasa, une très grande partie des rues a totalement perdu son bitume, et la plupart sont impraticables par des voitures ordinaires : complètement inondées, avec des nids de poule de 30 cm, etc.

Du coup (tout ce post pour justifier ça !), on est obligé de rouler en 4x4 ! J'ai mis une petite photo de mon Isuzu, qui ici est considéré comme une voiture "urbaine", dans la mesure où il est très bien pour rouler dans Kinshasa, mais pas du tout efficace pour aller dans le pays (ici, on dit "la brousse").

Alors je pilote le pick-up dans les rues de la ville, et je m'habitue à tout voir d'un peu plus haut... si bien que quand je passe à Brazzaville et que je prends un taxi (Toyota Corolla), j'ai l'impression d'être dans une formule 1 !

08 février 2007

Elections locales, contestation et répression

Dans le cadre de la vague d'élections qui marquaient la fin de la transition démocratiques dans le pays, des votes ont eu lieu pour élire les représentants locaux dans les différentes régions.

Dans le Bacongo, une secte chrétienne très implantée avait l'espoir de placer son chef en bonne position pour ce vote.

Manque de chance (bon, après, je ne sais pas dans quelle mesure les résultats ont été trafiqués, s'ils l'ont été), c'est un proche de Joseph Kabila qui a été élu.
Dès le lendemain, les soutiens du leader religieux étaient dans la rue. Saccages, magasins fermés, ville morte, l'ambassade de France a envoyé les textos pour engager les français à ne pas se rendre sur place.

L'armée est intervenue pour "juguler" la contestation. Tout ça, c'était la semaine dernière. Les chiffres revus sont tombés hier : 140 morts, par balle ou à l'arme blanche. La MONUC émet des doutes sur sa possibilité de continuer à collaborer avec les FARDC (Forces Armées de la RDC).

Je me souviens d'un militaire européen que nous avions rencontré avant le premier tour des élections, qui nous expliquait sa mission : il était là pour former la police à "sévir sans tuer"... ce qui peut sembler une évidence ne va pas forcément de soi ici, où quoi qu'on dise, les "forces de l'ordre" peuvent avoir la main lourde dans le cadre de leur mission...

Edit du soir : on a appris dans la journée que la justice avait ordonné un second tour pour ces élections... histoire de calmer un peu le esprits...

Gouvernement à la congolaise

Joseph Kabila a été confirmé en tant que Chef de l'État Congolais à la fin de l'année 2006... et depuis lors, on attendait la constitution de son gouvernement.
Je crois que c'est en décembre encore qu'il avait nommé son premier ministre, pour déterminer les futurs membres et les portefeuilles qui leur seraient confiés.

Et bien après deux mois de concertations, de négociations en tout genre, la période de transition entre les transitions a pris fin, et la chiffre est tombé : le nouveau gouvernement de la République Démocratique du Congo sera constitué de soixante ministres et vice-ministres... Il y en aura par exemple deux pour l'éducation, un pour l'énergie et un pour les hydrocarbures... et ainsi de suite.

Tout le monde ici se demande dans quelle mesure un tel nombre peut améliorer les choses, quand on sait que la corruption et les détournements plombent le pays dans des proportions inimaginables, et que l'absence de mesures propres à améliorer la situation se fait chaque jour sentir.

Ajoutons à cela que le premier ministre est une figure majeure de la politique du pays, le vieil Antoine Gizenga, est aujourd'hui âgé de 81 ans... On n'est pas rendus, hein...

La liste des membres du gouvernement est disponible sur cette page.

On reprend...

Bien, j'ai fini de mettre à jour les papiers anciens récupérés ça ou là, et je vais pouvoir me remettre au travail : poster de temps en temps et régulièrement des infos et des trucs amusants sur le Congo...

On va bien voir ce que ça donnera, mais j'espère en tout cas que vous pourrez y trouver des choses intéressantes et peu ordinaires !

30 novembre 2006

Rassurer, encore...

Voilà, qu’est-ce que je disais, il faut constamment rassurer les gens ! (mais on peut avouer qu’il y en a besoin…)

Donc, nous avons passé la dernière semaine et demie à Brazza… mardi, nous nous sommes dit : bon, on dirait que c’est un peu plus calme, on va aller faire un tour… et puis pouf, à 11h, (nous étions tous au bureau), manifestation devant la Cour Suprême de Justice, dispersée par des tirs de la police locale. Qui en retour se fait tirer dessus par les partisans de Bemba, dont la maison est à quelques dizaines de mètres. Débandade, même la Monuc s’embrouille les pinceaux, et quitte la place, a lors qu’elle aurait dû maintenir l’ordre ! (il y aurait eu, en fait, cafouillage entre l’État-major et le terrain)… Bref, des voitures de police brûlent, je crois même qu’une jeep de l’Eufor a été brûlée également… et une partie de la Cour Suprême de Justice a aussi brûlé… Les pompiers municipaux sont intervenus, mais ils n’avaient plus d’eau, et c’est donc les pompiers de la Monuc qui sont arrivés pour finir le travail… quand on sait que le fleuve est à cinq cent mètre !

L’événement prend une autre tournure quand ont sait que Kabila a été élu à 58% des voix, et que Bemba, candidat déçu, a déposé un recours… à la Cour Suprême de Justice ! Des rumeurs ont circulé, annonçant que les papiers du recours avaient brûlé avec le reste, mais il semble que cela ne soit pas le cas, et la procédure suit son cours.
Quoi qu’il en soit, nous sommes repartis le jour même à Brazzaville, pour revenir le lendemain faire un aller-retour. Jeudi, c'est-à-dire hier, nous avons constaté que la situation ne dégénérait pas, nous avons décidé de revenir et de rester. J’ai donc dormi chez moi cette nuit, ce que je n’avais pas fait depuis presque une semaine....
Entre-temps, notre patron a déjeuner avec le chef d’État-major des Forces Armées de la RDC, qui lui a confirmé que les troupes de Bemba se repliaient comme il leur avait été demandé à 80km au Nord de la ville. Cependant, un ultimatum a été fixé à 48h pour que ce repli soit effectif, et si des incidents doivent éclater, il est probable que ce soit à l’issue de cet ultimatum… le Chef d’EM considérait qu’il suffisait de rester chez soi, mais… on n’est jamais trop prudent, donc, nos sacs sont restés fermés hier soir, et ce midi, nous repartons pour Brazza ! Du coup, j’en connais une que cette situation ravit, et je dois reconnaître que tout cela comporte finalement de bons côtés, nous n’en espérions pas tant.

Nous allons y passer le WE, et dès lundi, nous allons faire les allers-retours vers Kinshasa la journée. Probablement, nous dormirons chez nous à partir du jeudi soir de la semaine prochaine.

C’est dommage, j’avais un ananas délicieux au frigo.

20 novembre 2006

Bon, je vais bien.

C’est amusant, mais ici, on doit constamment rassurer les gens sur la situation. Il faut dire qu’il y en a besoin.

Bref rappel d’actualité récente mais pas assez pour les médias français : les Congolais de RDC (Kinshasa) ont eu à voter il y a quelques semaines pour départager J.Kabila de JP.Bemba (cf. un post d’il y a quelques semaines). Le premier a le soutien de la communauté internationale, et est fortement soutenu dans l’est et le nord du pays. Le second fait plus peut, c’est un chef de guerre, il n’hésite pas à recourir à la violence, et est en revanche plébiscité à l’ouest du pays, et plus particulièrement à Kinshasa, entièrement acquise à sa cause.

Problème : les résultats officiels doivent être donnés dans la semaine qui vient. Cependant, comme l’annoncent les résultats provisoires, il est sur le point de perdre face à Kabila, de l’ordre de 30% contre 70%. Et de contester les résultats non proclamés, et crier à la fraude massive. Ce qui a de grandes chances d’être vrai, mais aussi de faire tomber le pays dans la guerre civile.

Bref, plus les résultats s’approchent, plus la tension monte. Samedi dernier, nous étions au travail, comme d’habitute. La veille, nous avions reçu un texto de l’ambassade de France annonçant que les Shégués (enfants des rues, mais bon, ils sont nombreux à avoir 25-30 ans…) allaient se réunir sur le Boulevard du 30 Juin (la plus grosse artère de la ville, une sorte de Champs-Élysées couleur locale), devant le siège de JP.Bemba, pour lui affirmer leur soutien.

Le samedi matin, des tirs de mitraillette ont été entendus : comme on pouvait d’y attendre, la manifestation a tourné à l’affrontement, les shégués étant bien entendu venus pour en découdre. Et puis la garde rapprochée de Bemba s’y est mise également, à tirer sur les forces régulières de la police. Quelques obus ont aussi été tirés, mais les mérites du mortier dans la dispersion de foule sont encore à prouver, et la tension n’est retombée que bien plus tard dans la journée.

Entretemps, nous avons reçu l’instruction de rester cantonnés chez nous. Certains collègues n’ont pas pu atteindre leurs appartements, qui étaient situés derrière la zone d’affrontement. De l’agence, on pouvait voir l’exode des taxis brinquebalants fuyant le centre ville… et nous avons remonté le flot des voitures, car c’est en centre-ville que nous habitons ; nos chauffeurs roulaient à tombeau ouvert, car s’arrêter peut signifier pas mal de problèmes surtout pour les blancs qui sont assimilés par la population à des américains, c'est-à-dire à des soutiens de Kabila, c'est-à-dire à des ennemis de Bemba, c'est-à-dire à des ennemis de la population Je schématise, tout le monde n’est pas hostile, mais dans ce contexte, nous n’avions pas vraiment le cœur à considérer les affinités respectives des uns et des autres.
A notre arrivée, les rues étaient désertes, et la ville semblait attendre de voir ce qui allait se passer. Le temps de fourrer quelques affaires dans un sac de voyage, nous sommes allés toujours à pleine vitesse au Beach (l’embarcadère) pour prendre notre bateau… arrivés de l’autre côté, à Brazzaville, on a pu souffler : pas vraiment eu chaud, mais au moins, en cas de coup dur, on est en sécurité.

Aujourd’hui, les informations sont les suivantes : les heurts ont fait quatre ou cinq morts, Bemba contrôle plus ou moins la ville, les gens sont à bloc et semble ne pas vouloir accepter la défaite de Bemba. De son côté, à ce que nous savons, Bemba a fait partir sa famille aux Etats-Unis, et ses voitures à Brazzaville… Cet homme semble prudent…

Bref, je suis à Brazza, j’y reste selon toute évidence pour la fin de la semaine, et pour le reste on attend de voir !
Comme je vous le disais, tout va bien, et il n’y a pas de souci à se faire pour moi, tant que les soucis restent de l’autre côté du fleuve !
Allez, je vous tiens au courant, et à bientôt !

15 novembre 2006

Des nouvelles

Voilà un petit rappel de tous les faits récents à Kinshasa et Brazzaville, pour ceux qui n’auraient pas suivi :

J’ai donc emménagé à Kinshasa il y a de cela deux mois. L’appart est cool, et la ménagère est aussi très bien, c’est une maman qui me fait aussi les courses. Un jour, je lui ai demandé de m’acheter des mangues (qui sont ici super bonnes, et encore, je ne vous parle pas des petits ananas sucrés et délicieux, si tendres, ni des avocats fondants et doux, ni… bon, je m’arrête ici, hein, mais vous voyez le topo). Donc, pour qu’elle puisse acheter des mangues, je leui donne 1.000 Francs Congo, soit un peut moins de dix francs français.

- Interlude monétaire -

Oui, alors ça c’est un des effets néfastes des monnaies locales. Comme vous le savez – ou pas – au Congo Brazza c’est le franc CFA qui a cours. Le franc CFA a l’avantage d’avoir un taux fixe avec le franc français, soit 1FF = 100 FCFA, donc on ne raisonne qu’en centimes, si vous préférez. Sauf que je m’étais bien habitué à l’euro, donc ça fait marrant de repasser en francs… Mais arrivé à Kinshasa, vous passez à deux nouvelles monnaies : la monnaie locale, c’est le Franc Congo, qui perd sa valeur à vue d’œil. Pour vous donner une idée, la plus grosse coupure en euros, ça doit être le billet de 500… et bien ici aussi. Mais 500 francs Congo valent aujourd’hui un peu moins de 1 dollar américain… donc, la seconde monnaie à circuler, c’est le dollar, qui est infiniment plus pratique pour les gros achats (ou même les petits : pour dépenser 20$, vous avez soit : un billet de 20$, soit 22 billets de 500fc !). Et là la jonglerie devient infernale : quand on a un montant en francs Congo, on doit le convertir au taux flottant en dollars, et de là le refaire passer en euros si on n’a pas trop perdu l’habitude, soit en francs français… bref, c’est abominable.

- fin de l’interlude -

Donc, je donne dix balles à ma ménagère pour trois mangues, et quand je reviens le soir, quelle n’est pas ma surprise de voir mon frigo rempli de : carottes, haricots, pommes, choux, tomates, aubergines, concombres, oignons, persil, et tout et tout. Et des mangues, aussi. Ca m’a tué, c’était tout trop bon, en plus.
Du coup, maintenant, une fois par semaine, je donne 10 francs à ma ménagère pour qu’elle me remplisse le frigo de fruits et légumes frais et a fortiori BIO !

Le second point, c’est l’arrivée à Brazzaville de Diem il y a un mois : elle a été embauchée chez Acted, en tant qu’Administratrice (ce qui dans le langage ONG équivaut à Directrice Administratrice et Financière, ou Finance Manager).
Du coup, ça améliore pas mal la vie : jusqu’à présent, j’ai passé tous mes week-ends à Brazzaville, à profiter de la ville, et surtout de la compagnie de ma charmante amie. Comme quoi, même au bout du monde, il y a certains luxes dont on ne peut se passer…
Bref, à présent, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, puisque toute la petite famille est réunie (enfin, deux personnes, quoi), et que nous allons passer le reste de notre séjour plus ou moins ensemble, suivant les aléas de nos emplois respectifs, mais disons que nous nous verrons tous les cinq jours, ce qui, vous en conviendrez avec moi, représente un net progrès par rapport à la situation qui prévalait précédemment.

Et pour ceux qui ne le sauraient pas, Diem et moi sommes depuis cet été (genre, le 3 août) officiellement fiancés, dans la joie et la bonne humeur, et pour notre plus grand plaisir ! Ca ne veut pas dire qu’on va s’habiller en noir et blanc dans un an, mais disons que ça augmente la probabilité de réalisation d’un tel événement dans le siècle à venir.

15 septembre 2006

Encore des conversations

Comme le demande à grand cri le Peuple, pour une fois qu’il veut plus que du pain et des jeux, on va l’écouter un peu, et fournir d’exotiques nouvelles du front. Qui vont prendre la forme, comme régulièrement, de petites perles de conversation congolaise…
La conversation s’est passée avec un Congolais-B, à table. Pour résumer, nous parlions d’une personne que je connaissais, avec qui il avait travaillé, et qu’il avait particulièrement appréciée. Ce type s’appelle Pierre MILIN. Action :

- ah, mais j’ai donné son nom à un de mes fils.
- Il s’appelle Pierre aussi ?
- Je l’ai appelé Pierre-Milin.
- Quoi ?
- Oui, Pierre-Milin Makenda (véridique : si vous aussi vous voulez donner mon nom à vos enfants, allez-y franco, donnez leur aussi mon nom de famille). J’ai deux garçons, tu sais.
- Ah oui ? Ils ont quel âge ?
- Quatorze mois, et dix-huit mois.
- (rapide calcul mental) Pardon ?
- Oui, quatorze et dix-huit, c’est comme ça ici au Congo. Le deuxième c’est Cardo.
- Cardo ? Ca vient d’où comme prénom ?
- Cardo ? Ben c’est pour Cardolène ! (Mais bien sûr ! Comment n’y ais-je pas pensé plus tôt ?)
- Ah ben ouais, alors.

Vérification faite avec Google, Cardolène n’est répertorié nulle part, excepté comme composant chimique de je ne sais quel produit plus chimique encore…

01 septembre 2006

Conversation...

Conversation avec la dame qui fait le ménage dans les bureaux : elle me fait une petite remarque sur mon absence, je lui dis que je suis allé chercher ma fiancée à Brazzaville :

Elle : C’est une blanche ou une noire ?
Moi : ah ben ni l’un ni l’autre.
- ah, c’est une métisse ?
- Non, elle est asiatique…
- Ah, elles sont jolies hein !
- Ah, ben oui !
- (grand sourire) Elle est bien bouffue, hein ?
- (visage perplexe) Pardon ?
- Je dis : elle est bouffue, hein ? (geste avec les mains : « elle a de grosses joues » : ça doit être un congolisme, mélange de « Bouffie » et « Joufflue », mais je ne connaissais pas…)
- Ah non, non, non ! Elle est très fine !
- Ah d’accord (air un peu triste).

Bref, les critères de beauté, comme on avait eu l’occasion de le dire plus haut, ne sont pas vraiment les mêmes en Europe et en Afrique Centrale… !

20 août 2006

Point presse

Salut à tous ! Bon, alors, pour ceux qui regardent les infos ou écoutent RFI, ils doivent se faire du souci… Donc voilà un message destiné à rassurer tout le monde : je vais bien.

Pour ceux qui ne savent pas ce qui se passe dans mon quartier, voilà un rapide briefing : des élections ont eu lieu en RDC fin juillet 2006, quand je suis venu en vacances en France en coup de vent.
Ces élections, les premières depuis l’indépendance (mais en fait il n’y avait jamais eu d’élections avant l’indépendance…) en 1960 se sont bien passées. Pour vous donner une idée, le pays est grand comme l’Europe de l’Ouest, et bénéficie de 2000km de routes goudronnées… 20 millions d’électeurs (je crois) et de très nombreux candidats à la présidence.

Parmi eux : Joseph Kabila, fils de son père, Laurent-Désiré Kabila (Lolo avait pris le pouvoir suite à la guerre civile. Quand il a été assassiné en 2001, Joseph a pris la suite… il avait 30 ans), et Jean-Claude Bemba, avec une tête de gros bébé mais toute une milice avec lui, c’est un chef de guerre qui n’a jamais reculé devant les moyens pour parvenir à ses fins. On attendait Kabila favori, et Bemba derrière. Tout ce petit monde et ce petit processus électoral était encadré par l’ONU, par le biais de la Mission d’Observation des Nations Unies au Congo, alias MONUC. Cette MONUC est placée sous le chapitre VII de la Charte des Nations Unies, ce qui l’autorise à utiliser tous les moyens nécessaires pour dissuader les groupes armés de recourir à la force. On appelle ça un mandat « musclé », comme par exemple ce n’est pas le cas au Liban. En plus de la MONUC, l’Europe a envoyé une bande de gros bras, des gars qui sont là pour taper et récupérer les expats, l’EUFOR. Ces derniers ne sont censés intervenir qu’en dernier recours ,sur demande de la MONUC, après :

1) la police congolaise
2) l’armée congolaise
3) la MONUC (17.600 hommes, quand même, hein…)

Les résultats étaient attendus pour hier soir à 21h, heure française. Cependant, des coups de feu ont été tirés, et la Commission Électorale Indépendante (CEI) a plus ou moins été assiégée. Visiblement, des dérapages isolés… Bref, le chef de la CEI a été emmené avec gilet par balle dans un blindé de la MONUC jusqu’à la télévision, pour annoncer les résultats avec deux heures de retard : Kabila = 45%, Bemba = 20%, donc un deuxième tour en perspective, prévu a priori (mais il ne faut pas trop s’y fier) pour fin octobre.

Bref, la nuit est passée… et ce matin, rebelote, au siège de Bemba, cette fois-ci. Toute la journée, des tirs ont eu lieu, entre la police, la garde présidentielle (de Kabila, actuellement au pouvoir) et les militaires soutenant Bemba. Personne ne sait au juste ce qui s’est passé pour qu’on en arrive là, mais le résultat c’est qu’en fin d’après midi on tirait à l’arme lourde sur sa résidence.

Bref, c’est un peu le chaos. Pour l’instant, pas de débordement grave (cf. le site de la MONUC, et notamment cet article), l’EUFOR est déployée (à tout hasard) mais n’est pas intervenue.

Bref, c’est l’incertitude. Est-ce que Bemba va être tué ? Capturé et jugé pour complot ? Est-ce que les tirs vont s’arrêter, et tout va rentrer dans l’ordre ? Personne ne sait, peut-être que demain les choses seront plus claires.

En attendant, je ne suis pas à Kinshasa, ni même en RDC, je suis à Brazzaville, au Congo du même nom. Tout est calme ici, et nous avons prévu d’aller au restaurant ce soir. Pas trop près du fleuve tout de même, quelques balles perdues avaient fauché deux ou trois promeneurs lors des derniers « événements » de l’autre côté.

J’attends de savoir si :
1) je retourne travailler à Kinshasa car tout va bien
2) je reste travailler pour Kinshasa depuis Brazza en attendant de voir ce qui se passe
3) on arrête Kinshasa et je rentre en France (mais ça, ça me semble pas très probable, hein)

En tout cas, pas de souci pour moi, à Brazza tout va bien, les gens sont gentils, la ville est belle et la nuit est calme. Pas de risque de contagion des problèmes, ils sont trop occupés de l’autre côté pour penser à faire des ennuis ici. Les seuls choses à prévoir, en fait, ce sont les réfugiés qui ne manqueront pas d’arriver si ça tourne en guerre civile. Mais on n’en est pas là. Pas encore. Les vols à destination de la France sont maintenus, et tou va quand même comme d’habitude.

Si vous voulez des infos, je vous invite à vous brancher sur RFI, que vous pouvez écouter à Paris avec la radio, ou par internet sur leur site www.rfi.fr, et vous sélectionnez à gauche « direct : RFI Afrique », et vous en saurez autant que moi. Bien sûr, vous pouvez aussi regarder LCI, La Chaîne d’Information, possédée par Bouygues, si je me fais chopper à faire de la pub pour eux je me fais virer.

Sur ce, je vous souhaite une bonne nuit, et rendez-vous à la prochaine émission !